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Pour la première fois lors du Chantier du TNG, Gilles jouait pour un ...
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Ateliers de théâtre avec des enfants malentendants
Nous avons débuté en mai des ateliers de théâtre à l'école Ste Thérèse la Favorite, à Ste Foy-lès-lyon, impliquant de jeunes malentendants. Mue par le désir de s'ouvrir et d'explorer de nouveaux langages, la compagnie a découvert un univers très enrichissant.
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Karen
Karen signe, elle signe pour traduire aux
enfants sourds. C'est une sorte d'interprète et plus que ça. Elle met
force et conviction dans ses gestes. C'est un plaisir de la regarder,
on a l'impression de tout comprendre, même si on ne pratique pas la
langue des signes. Karen est patiente, patiente et ferme. Ses gestes
sont nets, ses mains très précises dessinent des mots mystérieux que
nous croyons connaître.
Rythmant le texte, elle coupe, taille, cisèle l'espace de ses mains
volubiles. Son visage, son regard accompagnent ses gestes dans une
sorte de mimique. Karen n'est pas muette c'est pourquoi en même temps
elle chuchote certains mots en écho à mes indications. Elle se tient
très droite, les pieds bien plantés dans le sol d'où elle tire son
énergie. Elle est vitalité et langage, comme une source de paroles qui
jaillirait du sol pour irriguer d'enthousiasme les enfants.
Je la
regarde, elle signe « concentration, regards, espaces... ». Fascinée,
je vois défiler en gestes mon vocabulaire de metteur en scène. J'essaie
des mots plus difficiles « subtilement », « subrepticement », elle s'en
sort je crois avec une périphrase dans une belle série de gestes.
Inutile de chercher le mot à mot, je lui fais complétement confiance.
C'est une relation triangulaire que j'ai toujours avec les
interprètes et les comédiens. Mais ici elle se complexifie. Par ses
mains Karen est ma voix, et par osmose je me mets à gesticuler aussi.
Ça n'a rien à voir avec le langage des signes, mais parfois les enfants
comprennent. Karen à l'exterieur de la scène capte leur regard et signe
quelques détails supplémentaires. En même temps, j'incite par quelques
mots Rohi et Larissa, mes complices, à orienter l'histoire pour que les
enfants s'y sentent toujours à l'aise, ni vainqueur ni vaincu. Ils le
font sans complaisance, montrant parfois leur force théâtrale pour
faire ressentir aux enfants leur personnage.
C'est une sorte de
petite symphonie du geste et de la voix, illustrée par les attitudes
des comédiens. Des fils imaginaires nous relient tous, par le regard,
la pensée, le coeur...et le rire.
Thomas
On
reconnaît Thomas par sa mèche blanche (coquetterie héréditaire, j'ai vu
son papa), sa prestance, il se tient droit comme un « i », un peu
enrobé, ce qui lui donne du poids. Il est magnifique et rayonnant comme
le soleil. Les histoires, il se les fait tout seul dans sa tête, avec
vélocité. tellement tout cela l'inspire. Son problème, c'est de les
traduire en théâtre. Servi par sa présence rayonnante, il a néanmoins
du mal à « écouter » les autres, ses partenaires. Rohi et Larissa
essaient de construire des histoires, ils sont un peu submergés par ses
démonstrations.
Peu importe, imperturbable, Thomas poursuit son idée, ses idées,
toutes en même temps. Il faudrait, mon cher Thomas, qu'avec toutes ces
qualités que tu possèdes, tu profites encore plus des suggestions et de
la présence, non moins intense des comédiens, qui ne peuvent qu'ouvrir
ton champs d'exploration.
Princesse Coralie
Voici
Coralie, princesse en rouge, sur son char en bois. Coralie est une
jeune fille sourde sur fauteuil roulant. Elle rit toujours et « écoute
», attentive. Le théâtre que nous faisons l'amuse terriblement. Elle
surveille, se perd du regard, toute entière dans les histoires que nous
inventons. Spectatrice remarquable, elle vit chaque personnage dans
l'instant. La leçon de théâtre est ponctuée de ses rires, accompagnée
de ses éclats perpétuels. Coralie est tour à tour Rohi en colère,
Larissa qui danse, Nina qui court. Elle a les jambes d'Antoine si vif,
le regard de Julie si jolie. Et son intelligence à elle, qui englobe
tout ça, le réel et surtout l'imaginaire qui la démultiplie, lui donne
des ailes et en fait une héroïne.
Héroïne de l'histoire, elle l'est aujourd'hui, comme chacun des
comédiens, chacun indispensable à la scène. Vêtue de la jupe rouge et
du gilet brodé de Karen, elle est magnifique. Elle s'intègre au récit.
Avec sa seule main droite elle fait avancer son engin, dialogue, saisit
une pomme, et rit. Elle rit au visage du monde...
Nina
Maintenant
Nina est une jeune fille. Je l'ai connue l'année dernière, petite fille
encore, balbutiant le langage des signes. Aujourd'hui elle est
transformée, sévère lorsqu'on l'aperçoit, elle porte des lunettes
cerclées de noir, et les cheveux tirés. Mais elle est animée d'un feu
intérieur, elle semble démultipliée. Dans les histoires, elle propose
avec abondance, « parle », remue, submerge Rohi ou Larissa qui ont du
mal à placer leurs répliques. Ils la suivent, elle joue plusieurs
personnages à elle seule. Elle s'amuse énormément.
Son intelligence vive saisit toutes les histoires très vite et tout
se bouscule dans sa tête, dans son corps. Elle donne force à ses
gestes, qui nous font comprendre qu'elle est fâchée, qu'elle se moque
de Larissa et qu'elle va sûrement accuser Rohi qui lui joue les bons
gros innocents, timide et embarassé. Tout cela ravit Nina et elle donne
libre court à ses accusations. Son énergie, la volubilité des ses
gestes et sa vivacité nous laissent pantois.
Yann (4 ans)
On
a mis Yann dans un grand sac rouge. Il a un visage de pantin très
drôle, avec des cheveux couleur paille, très drus, qui lui cachent un
peu le visage. Il est ravi. Un peu craintif au début, il a eu du mal à
s'asseoir dans cette vaste besace qui semble tout exprès faite pour
lui. A la façon des femmes africaines, Rohi le balade, inséparable de
son pinocchio qui le conseille et surveille les pommes.
Yann tout de rouge vêtu est à présent assis dans le sac rouge, aux pieds de Rohi. L'oeil aux aguets, l'air malicieux, il dénonce par gestes, consciencieusement, quand quelqu'un s'approche. Rohi prend le sac dans ses bras et plein de gratitude, chante la comptine arabe qui a déjà servie à Yanis. Puis il remet son sac en bandoulière et repart ailleurs.
Christiane Véricel
Soumis par rédacteur le ven, 03/10/2008 - 11:00
"4 jours qui m'...
