En direct

Pour la première fois lors du Chantier du TNG, Gilles jouait pour un ...

-->lire la suite

A l'affiche

17/02 - 19h et 18/02 - 18h

En Chantiers n°4 Les Subsistances Lyon 1e

Réservez ici

share

Ateliers de théâtre avec des enfants malentendants

Nous avons débuté en mai des ateliers de théâtre à l'école Ste Thérèse la Favorite, à Ste Foy-lès-lyon, impliquant de jeunes malentendants. Mue par le désir de s'ouvrir et d'explorer de nouveaux langages, la compagnie a découvert un univers très enrichissant.

Karen

Karen signe, elle signe pour traduire aux enfants sourds. C'est une sorte d'interprète et plus que ça. Elle met force et conviction dans ses gestes. C'est un plaisir de la regarder, on a l'impression de tout comprendre, même si on ne pratique pas la langue des signes. Karen est patiente, patiente et ferme. Ses gestes sont nets, ses mains très précises dessinent des mots mystérieux que nous croyons connaître.

Rythmant le texte, elle coupe, taille, cisèle l'espace de ses mains volubiles. Son visage, son regard accompagnent ses gestes dans une sorte de mimique. Karen n'est pas muette c'est pourquoi en même temps elle chuchote certains mots en écho à mes indications. Elle se tient très droite, les pieds bien plantés dans le sol d'où elle tire son énergie. Elle est vitalité et langage, comme une source de paroles qui jaillirait du sol pour irriguer d'enthousiasme les enfants.
Je la regarde, elle signe « concentration, regards, espaces... ». Fascinée, je vois défiler en gestes mon vocabulaire de metteur en scène. J'essaie des mots plus difficiles « subtilement », « subrepticement », elle s'en sort je crois avec une périphrase dans une belle série de gestes. Inutile de chercher le mot à mot, je lui fais complétement confiance.


C'est une relation triangulaire que j'ai toujours avec les interprètes et les comédiens. Mais ici elle se complexifie. Par ses mains Karen est ma voix, et par osmose je me mets à gesticuler aussi. Ça n'a rien à voir avec le langage des signes, mais parfois les enfants comprennent. Karen à l'exterieur de la scène capte leur regard et signe quelques détails supplémentaires. En même temps, j'incite par quelques mots Rohi et Larissa, mes complices, à orienter l'histoire pour que les enfants s'y sentent toujours à l'aise, ni vainqueur ni vaincu. Ils le font sans complaisance, montrant parfois leur force théâtrale pour faire ressentir aux enfants leur personnage.
C'est une sorte de petite symphonie du geste et de la voix, illustrée par les attitudes des comédiens. Des fils imaginaires nous relient tous, par le regard, la pensée, le coeur...et le rire.

Thomas

On reconnaît Thomas par sa mèche blanche (coquetterie héréditaire, j'ai vu son papa), sa prestance, il se tient droit comme un « i », un peu enrobé, ce qui lui donne du poids. Il est magnifique et rayonnant comme le soleil. Les histoires, il se les fait tout seul dans sa tête, avec vélocité. tellement tout cela l'inspire. Son problème, c'est de les traduire en théâtre. Servi par sa présence rayonnante, il a néanmoins du mal à « écouter » les autres, ses partenaires. Rohi et Larissa essaient de construire des histoires, ils sont un peu submergés par ses démonstrations.

Peu importe, imperturbable, Thomas poursuit son idée, ses idées, toutes en même temps. Il faudrait, mon cher Thomas, qu'avec toutes ces qualités que tu possèdes, tu profites encore plus des suggestions et de la présence, non moins intense des comédiens, qui ne peuvent qu'ouvrir ton champs d'exploration.

Princesse Coralie

Voici Coralie, princesse en rouge, sur son char en bois. Coralie est une jeune fille sourde sur fauteuil roulant. Elle rit toujours et « écoute », attentive. Le théâtre que nous faisons l'amuse terriblement. Elle surveille, se perd du regard, toute entière dans les histoires que nous inventons. Spectatrice remarquable, elle vit chaque personnage dans l'instant. La leçon de théâtre est ponctuée de ses rires, accompagnée de ses éclats perpétuels. Coralie est tour à tour Rohi en colère, Larissa qui danse, Nina qui court. Elle a les jambes d'Antoine si vif, le regard de Julie si jolie. Et son intelligence à elle, qui englobe tout ça, le réel et surtout l'imaginaire qui la démultiplie, lui donne des ailes et en fait une héroïne.


Héroïne de l'histoire, elle l'est aujourd'hui, comme chacun des comédiens, chacun indispensable à la scène. Vêtue de la jupe rouge et du gilet brodé de Karen, elle est magnifique. Elle s'intègre au récit. Avec sa seule main droite elle fait avancer son engin, dialogue, saisit une pomme, et rit. Elle rit au visage du monde...

Nina

Maintenant Nina est une jeune fille. Je l'ai connue l'année dernière, petite fille encore, balbutiant le langage des signes. Aujourd'hui elle est transformée, sévère lorsqu'on l'aperçoit, elle porte des lunettes cerclées de noir, et les cheveux tirés. Mais elle est animée d'un feu intérieur, elle semble démultipliée. Dans les histoires, elle propose avec abondance, « parle », remue, submerge Rohi ou Larissa qui ont du mal à placer leurs répliques. Ils la suivent, elle joue plusieurs personnages à elle seule. Elle s'amuse énormément.

Son intelligence vive saisit toutes les histoires très vite et tout se bouscule dans sa tête, dans son corps. Elle donne force à ses gestes, qui nous font comprendre qu'elle est fâchée, qu'elle se moque de Larissa et qu'elle va sûrement accuser Rohi qui lui joue les bons gros innocents, timide et embarassé. Tout cela ravit Nina et elle donne libre court à ses accusations. Son énergie, la volubilité des ses gestes et sa vivacité nous laissent pantois.


Yann (4 ans)

On a mis Yann dans un grand sac rouge. Il a un visage de pantin très drôle, avec des cheveux couleur paille, très drus, qui lui cachent un peu le visage. Il est ravi. Un peu craintif au début, il a eu du mal à s'asseoir dans cette vaste besace qui semble tout exprès faite pour lui. A la façon des femmes africaines, Rohi le balade, inséparable de son pinocchio qui le conseille et surveille les pommes.

Yann tout de rouge vêtu est à présent assis dans le sac rouge, aux pieds de Rohi. L'oeil aux aguets, l'air malicieux, il dénonce par gestes, consciencieusement, quand quelqu'un s'approche. Rohi prend le sac dans ses bras et plein de gratitude, chante la comptine arabe qui a déjà servie à Yanis. Puis il remet son sac en bandoulière et repart ailleurs.

Christiane Véricel


Soumis par rédacteur le ven, 03/10/2008 - 11:00