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Pour la première fois lors du Chantier du TNG, Gilles jouait pour un ...

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17/02 - 19h et 18/02 - 18h

En Chantiers n°4 Les Subsistances Lyon 1e

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Les Impromptus à Oullins

Je suis venue voir la « dernière » de la série des Impromptus joués au théâtre de la Renaissance à Oullins, c’est une matinée pour un public scolaire. J’entre dans la petite salle une demi-heure avant le début du spectacle. Les gradins sont vides, je découvre le plateau, les projecteurs dessinent un rectangle de lumière souligné au sol par quatre lignes blanches. Cet espace de jeu est à la fois silencieux et rempli de la promesse du spectacle à venir.

  • Fr |

D’un côté et de l’autre de ce rectangle, je distingue deux autres espaces dans la pénombre, dans l’un, des petites chaises immobiles, et dans l’autre, ce sont les petits et grands comédiens d’Image Aiguë ! Je les rejoins, ravie de pouvoir partager avec eux les quelques minutes qui précèdent le spectacle.

Les comédiens adultes sont paisibles, ils m’accueillent avec un grand sourire, les enfants jouent, leur tournent autour, les taquinent. Je m’assieds sur une chaise à côté de Franck, son calme fait contraste avec l’excitation de Halim, enfant comédien d’Oullins. Je l’appelle par son prénom, il me regarde l’air surpris : « Tu as deviné mon prénom ? » me demande-t-il, sa spontanéité me fait rire, mais je n’ai même pas le temps de lui dire qu’au bureau d’Image Aiguë on m’a parlé de lui, Halim cours déjà vers d’autres jeux d’avant spectacle.

Je rencontre aussi  Sandrine, violoniste, et Laure, accordéoniste, qui jouent dans le spectacle aux côtés des comédiens.  Christiane sort des loges et demande aux comédiens de se réunir sur le plateau, elle leur fait ses dernières recommandations. Je me souviens qu’elle a terminé par ces quelques phrases d’un ton confiant et bienveillant : « C’est la dernière, donc normalement ça devrait être la meilleure, non je préfère dire_ c’est la dernière, donc ça doit être la meilleure.

Concentrez vous bien, pour être le mieux possible dans vos personnages, dans vos histoires, et pour jouer le mieux possible ». Les comédiens sont attentifs, ils s’apprêtent à commencer l’échauffement dirigé par Christiane Véricel, quand soudain on entend une classe très pressée d’entrer, pousser la porte en haut de l’escalier qui mène au plateau. Un brouhaha de paroles d’enfants arrive jusqu’à la salle, mais nous allons vite leur expliquer qu’ils doivent patienter un peu dans le couloir car les comédiens finissent de se préparer.

Quelques instants plus tard les comédiens se sont échauffés et ont pris place sur les petites chaises à gauche de l’espace de jeu. Ils sont prêts à accueillir le public. Christiane Véricel accueille les classes une par une, ainsi que les instituteurs et institutrices. J’aide les groupes d’enfants à se répartir sur les gradins. Christiane Véricel prend soin de venir parler à tous les enfants assis par terre au premier rang, pour leur dire qu’étant assis là, ils verront très bien le spectacle mais qu’ils ne doivent pas aller au delà de la ligne blanche tracée devant eux pour laisser aux comédiens tout leur espace de jeu.La représentation commence, j’en ai gardé entre autres, ces images en mémoire: Je me souviens qu’une pomme posée sur un tout petit plateau, était suspendue au dessus du sol.

Une petite fille est entrée en scène, a avancé vers la pomme, et s’est enfuie en voyant la pomme monter vers plafond. Je me souviens aussi des mains de Rohi apparaissant et disparaissant sous le rideau de fond de scène, sous les yeux d’un petit garçon ébahi. Je me souviens de tous cherchant comment cohabiter sur les petites chaises alignées, et des fous rires du public que déclenchait le comique des histoires créées. Je me souviens qu’Abdel s’est retrouvé seul aux côtés de Majdoulin, qu’il en fut très ému, et qu’il racontait encore cette rencontre à Rohi, longtemps après le départ de la fillette.

Je me souviens que Sandrine et son violon ont été mis à contribution pour faire redescendre cette pomme qui semblait attirée par la musique. Je me souviens d’une course-poursuite déjantée des comédiens petits, grands et de Sandrine qui a continué à jouer du violon en courant, faisant voler les crins de son archet. Je me souviens enfin que Franck a fait danser la petite Armelle dans ses bras, sur la musique de l’accordéon.

Je me souviens de la poésie qu’il y avait dans l’image musicale de cette fillette aux cheveux roux et sa longue jupe volant dans les airs, au bras du comédien camerounais, sorti du comique, soudain emprunt d’attention et de délicatesse. La lumière baisse doucement, et puis c’est le noir.Les enfants applaudissent et tapent des pieds sur les gradins, ils rappellent plusieurs fois les comédiens sur scène. Les comédiens enfants reviennent main dans la main avec les adultes, ils comptent « un, deux, trois » chacun dans leur langue avant de saluer encore une fois tous ensembles. Puis ils rentrent en coulisse, le public d’enfants se lève peu à peu, vide les gradins, quelques-uns ne veulent pas quitter la salle tout de suite, ils s’aventurent sur la scène, comme pour sentir « l’effet que ça fait d’être de l’autre côté », deux garçons s’assoient sur les chaises où les comédiens étaient encore assis quelques minutes avant. Une petite fille soulève en cachette le rideau de fond de scène et le laisse retomber en riant de plaisir d’être allée regarder dans l’envers du décor.

Leila Anis