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Zitto ! à Palerme - Episode 3
Nous sommes le 15 septembre 2006. La générale a lieu ce soir et les dernières heures qui la précèdent sont encore "éprouvantes" pour Christiane Véricel.
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Mais enfin Giacinto, depuis janvier tu travailles ce personnage. Neuf mois ! Tu aurais eu le temps de faire un bébé (je l’entends parler, je ne sais pas trop si la comparaison est judicieuse). Tu prends un papier et un crayon et tu notes. Il capucetto rosso, c’est quand même pas compliqué, tout le monde le connaît.
Son personnage est le jeune lecteur obsédé par le capucetto rosso qu’il module selon son humeur, à sa façon, en accéléré, nous depeignant la mamma (la mère grand) très laide, le chaperon insupportable et le loup idiot. C’est très drôle, lorsque c’est réussi...
Si, si répond Giacinto qui est un adolescent aimable et pas contrariant pour qu’on lui fiche la paix. Avec application, il reprend sa scène d’un air contrit et évidemment se trompe au quatrième mot. Nom de dieu Giacinto, je hurle, m’énerve. Il est vain de bousculet Giacinto. La remarque portera sans doute ses fruits plus tard.
Le bondissant Francesco n’est pas là aujourd’hui. C’est le jeune spectateur du Z.E.N (35 ans) si agréable pour lequel je n’ai pas réussi à inventer un personnage, faute de temps. Mais il est dans les histoires et s’occupe aussi en coulisse à la régie. Sirius me dit qu’il n’est pas venu parce que son mal aux genoux empirait. Et qu’il n’était pas content de dire aussi peu de texte. Je suis très étonnée, un peu en rogne que Francesco ne me l'ai pas dit directement. Je l’avais prévenu mais il voulait absolument participer. Un peu fâchée, jen parle à Antonio. Pas du tout me dit-il. Francesco est très content. Il pense qu’en reposant son genou aujourd’hui ça ira mieux demain. Tant mieux. Qui croire ? ?
Tss font les anziane (les « vieilles ») pour faire taire les chats. Chut fait Paolina très fort en coulisse pour faire taire Salvatore que je n’entendais pas. Clac, clac, font les mains pour tuer les moustiques qui ne meurent jamais. Bing, Giacinto nelle quinte (coulisses) qui s’est affalé avec fracas sur la marmite.
Franck a enfin appris à conjuguer le verbe « manger » au présent de l’indicatif. Il est très fier de lui et le fait sentir. Depuis trois jours que je lui demandais de le faire. Ca a fini par une engueulade en public avec moultes allusions à ses copines italiennes qui pourraient l’aider.
Il n’aime pas ça mais c’est efficace, la preuve ! Il en rajoute sur son vocabulaire italien acquis récemment. Je l’écoute massacrer le verbe mourir. Ca tombe bien, ça fait partie de son rôle.
Salvatore (10 ans) est un petit gros qui aime bien dormir dans les cours. Au début, il s’étendait avec délice sur le praticable, celui qui a une inclinaison parfaite. Les yeux perdus sur le plafond en ruine du théâtre, écoutant distraitement mes indications. Je l’ai vertement semoncé en français et en italien, mais l’interprète Pauline est trop gentille ! Depuis, Salvatore prend sur lui. S’il sommeille, c’est dans un coin discret des coulisses où l’ombre est plus favorable. Dans la scène de la classe, les comédiens sont assis de dos comme à l’école. Tout naturellement, Salva s’est assis au fond, un peu voûté, comme pour entamer la nouvelle sieste, il offre l’image parfaite de l’élève qui en fera le moins possible.
Son texte consiste en une petite phrase qu’il n’arrive pas à retenir et un leitmotiv. « J’ai faim, je suis fatigué », qu’il dit avec naturel. On ne comprend jamais ce qu’il dit. Salvatore n’articule pas. Les mots sortent de sa bouche tous identiques, inaudibles et sans relief. Il est éjecté régulièrement de la Scatolina (le refuge des immigrés) parce qu’il y tient trop de place et mange trop.
J’arrive suant, soufflant au théâtre à midi pile pour les journalistes. J’ai traversé en hâte Palerme sous le soleil pour être à l’heure. Nessuno (personne).
Paolo (directeur technique) m’accueille toujours aussi souriant. Des journalistes ? Point.
Je déballe sandwichs et vidéo pour travailler en attendant. Commence l’attaque des moustiques. Je surveille les chats du coin de l’oeil et regarde pour la énième fois le filage d’hier. Pas trop mal mais il manque tellement de nuances, détails, richesses, qui font appel à la personnalité et au bon sens de chacun. Manque de concentration sans doute pour vivre pleinement ce moment exceptionnel.
Les gens arrivent petit à petit, Sirus en premier et repart. Tous sont plutôt à l’heure !
Au catering dans le jardin, Pina et Paolina se sont assises sur le même banc. Celui-ci a cédé sous leur poids et s’est rompu en son milieu. Les deux anziane (vieilles) sont tombées sans grand mal pour Pina. Paolina a le pied bleu mais en fait abstraction courageusement.
J’ai payé 10 euros la robe blouse de Paolina. Je lui ai demandé de la froisser et de la salir pour qu’elle ait l’air d’avoir servi. J’ai lu une suite de stupeur et d’incompréhension dans les yeux de Paolina et j’ai dû pour la énième fois raconter mon histoire de personnage « pauvre ».
Christiane Véricel
Soumis par rédacteur le ven, 03/10/2008 - 10:22
Zitto ! à Palerme - ...
