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17/02 - 19h et 18/02 - 18h

En Chantiers n°4 Les Subsistances Lyon 1e

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CARNET DE ROUTE : LYON ET LES ATELIERS DE THÉÂTRE EUROPÉEN AVEC IMAGE AIGUE

Sandrine Charlot Zinsli, rédactrice en chef de la plate-forme culturelle de Zurich et sa région Aux Arts etc..., partage sur le blog ses impressions de sa rencontre à Lyon avec l'Ensemble Théâtral Européen 2010.

16h30 : Il fait chaud à Lyon dès la sortie du TGV. La sueur coule le long du dos et des cuisses des passagers du tram. Certains s’éventent, parfois avec un journal gratuit. D’autres regardent dans le vide ou par la fenêtre à la recherche d’une brise rafraîchissante, peut-être même d’une oasis. Je ne sais pas trop à quoi m’attendre à l’arrivée, ni qui je vais rencontrer dans le cadre de ces ateliers de théâtre européen. Je me suis si souvent demandée ce que c’était que l’Europe, moi qui vis en ce moment dans le centre de ce vieux continent mais dans un pays qui n’en fait pas partie politiquement tout en en partageant les valeurs de démocratie ou de plurilinguisme.

18h30 : Arrivée au « Tonkin », une salle de spectacle au milieu d’immeubles peut-être construits dans les années 70, je ne sais pas trop. On a traversé une partie de la ville de Lyon à pied. Quitté le cœur historique et souvent luxueux, franchi les faubourgs qui ressemblent à pas mal d’autres faubourgs. C’était drôlement bien cette marche, elle nous a permis de commencer à faire connaissance des autres participants invités, venant du Portugal, de Suède, de Belgique, d’Allemagne, d’Egypte même … ou encore d’Aix en Provence. Et de réaliser assez vite, avec qui le courant - instantanément et magiquement – allait passer.

19h : Une table sur la scène. Et une chaise toute petite. Un accordéon. Des enfants et de jeunes adultes aux vêtements colorés. Quelques biscuits. Un violon. Pour moi, des éléments nouveaux : des marionnettes et une danseuse de claquettes. Peu d’accessoires pour traiter de thèmes pas vraiment accessoires : l’avidité, la faim, la jalousie, l’envie, la joie, le plaisir, le désir de reconnaissance… C’est drôle, vif, souvent précis dans le geste, rarement inopportun. Christiane Véricel est au premier rang, discrète. Elle orchestre tout cela du regard, presque immobile, semble impassible et imperturbable alors qu’elle est tendue vers chaque geste, qu’elle enregistre chaque expression. Au final, une émotion. Des images et des situations qui touchent et parfois même saisissent.

20h : Le mini-spectacle - qui refuse de se faire nommer ainsi - s’achève. C’est le résultat d’une semaine d’ateliers certes mais peut-être aussi de décennies de réflexion sur ce qu’est le spectacle vivant, ce à quoi il doit mener. Je suis impressionnée par ce moment profondément humain. Moi qui ai souvent eu envie de vêtir de chair certains concepts, de donner corps à certains mots très beaux mais un peu difficiles à représenter dans l’espace… Il me semble que je viens de sentir passer le souffle de certaines de ces abstractions qu’on aspire à voir se concrétiser au quotidien tels que courage, humanité, et justement Europe. Cet air frais fait du bien. Cela nous rappelle qu’il est possible de mener à bien un projet collectif au-delà des barrières linguistiques, sociales, nationales, culturelles... et que l’Europe loin de se limiter aux frontières naturelles ou politiques, ... c’est une vue de l’esprit et une affaire d’âme. Une communauté de pensée capable d’accueillir – et pas seulement dans ces cités construites dans les années 70, un peu du reste du monde. Car sur scène, à côté des jeunes comédiens portugais ou suédois, il y a aussi des enfants dont les parents, sont venus s’installer à Villeurbanne, après avoir traversé la Méditerranée ou l’Atlantique. De façon pacifique…

31.08.2010 ZH