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Christiane Véricel...à la source
Nicolas Roméas, directeur de la rédaction de la revue artistique Cassandre, a rencontré Christiane Véricel, pour évoquer son parcours artistique. Voici quelques extraits de l'interview.
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Cassandre : Un certain nombre d'acteurs importants à
différents niveaux du paysage culturel, notamment dans le théâtre, sont
passés, pour des périodes plus ou moins longues, par ce qu'on a appelé
l'Éducation populaire. Pour vous, est-ce que ça a encore une
signification ?
Christiane Véricel : Ça m'a confirmé dans
mon goût du théâtre : être confrontée à un public, peu importe dans
quel rôle. J'ai connu ça très jeune. Dans les stages Jeunesse et
Sports, on croisait Jean Dasté, Georges Moustaki, des artistes qui
venaient passer un moment de formation avec des «débutants débutants»
qui ne connaissaient pas grand chose, mais qui avaient un tel désir de
théâtre qu'on travaillait douze à treize heures par jour et à tous les
postes, ce qui est très formateur. Après, on peut cerner ce qu'on veut
faire. Ça m'a servi de point d'appui pour m'en détacher, j'ai voulu
faire de mon théâtre quelque chose de particulier, étant intéressée par
le mélange, les langues étrangères, la présence d'acteurs de
différentes cultures comme j'ai pu le voir par exemple chez Peter
Brook, ou d'autres, comme Josette Baïz qui a commencé à peu près en
même temps que moi, ou chez les musiciens qui sont métissés depuis
longtemps. C'est cela qui m'intéressait.
Quelle relation faites-vous entre ce désir de métissage et la formation...
Je n'ai pas vraiment eu de formation mais le fait de passer par des stages avec une expérience théâtrale m'a permis de décider de faire différemment, je me suis appuyée là-dessus pour voir ce que je voulais faire. Le théâtre traditionnel ne correspondait pas à mes désirs.
Donc, sur la base de ce " refus ", vous avez aiguisé votre propre outil.
(Elle rit) Oui, je trouvais le théâtre "pur", de texte, intéressant, mais l'image, le son, la peinture, etc., ce qui était autour, m'intéressait aussi beaucoup.
C'est ce qui se pratiquait dans les stages de réalisation.
Oui, on savait faire de la couture, on apprenait la menuiserie, à repeindre... L'alliance de l'image et du son vient de là et de ma sensibilité à la peinture, à la photographie et à la musique. Je ne voulais pas m'enfermer dans quelque chose qui m'aurait été «dicté» par un texte venu de l'extérieur.
Dès le début ?
Oui. J'ai procédé par tâtonnements, il y avait peu d'exemples de ce genre de théâtre ; Bob Wilson plus tard, avec une certaine complexité et d'autres moyens. J'ai peu à peu construit ma démarche artistique particulière en partant de questions simples : qu'est-ce que j'ai à dire ? Comment le dire dans un théâtre ?
(...)
Avec les autres artistes, les musiciens, les plasticiens etc., c'est aussi une démarche partagée ou ce sont juste des artistes avec lesquels vous faites un bout de chemin ?
Il y a une sorte de compagnonnage. Quand ça se passe bien, je n'ai pas de raison de changer, je préfère creuser ces aventures pour aller plus loin au fil du temps. Pour eux, je pense que c'est un peu à part dans leur démarche puisque certains travaillent ailleurs. Je suis très contente de ressentir que ça leur fait plaisir, si c'était quelque chose qui les déconsidère, ils ne le feraient pas. Ca me réconforte : lorsqu'on fait un travail avec des jeunes ou des enfants, ça pourrait être déconsidéré. Parfois je ne suis pas tout à fait sûre de moi et je trouve un très grand réconfort avec la collaboration de Michel Theuil, Louis Sclavis, de Bruno Corona, de les voir continuer à travailler avec moi, parce qu'ils y trouvent plaisir : je les entends rire quand ils viennent aux répétitions et ça me conforte beaucoup.
C'est une sorte de tribu.
Une tribu qui n'est pas fermée, dans laquelle on intègre sans cesse des nouveaux, ne seraient-ce que les jeunes comédiens que nous croisons au fil des projets. Selon la forme du spectacle, il y a de nouveaux techniciens, par exemple Muriel Habrard pour la vidéo.
Pourquoi "Image Aiguë" ?
Quand j'ai choisi de faire un théâtre différent de celui que l'on pratiquait il y a quelques années, je m'intéressais à l'image et au son, images théâtrales, photo, peinture ; et "aiguë" parce que c'est un vocable riche qui fait référence au son mais aussi au caractère pointu d'une image ou d'un spectacle qui touche. On a du mal à décrire la démarche lorsqu'on rencontre nos interlocuteurs. Ils sont passionnés par le travail, mais ne savent pas ce que ça implique au niveau du public et des écoles. Il peut y avoir des malentendus parce que cette démarche implique beaucoup de relais sur le terrain. La structure culturelle s'adresse à d'autres relais (mairie, relais scolaires ou sociaux) et à un moment ils peuvent oublier une partie de la démarche parce qu'ils n'ont pas une vision complète de l'histoire. C'est une construction. Il faut que les fondations soient claires et bien assurées pour que cette construction complexe puisse aller jusqu'au bout.
Nicolas Roméas
Soumis par rédacteur le ven, 03/10/2008 - 15:25
Palerme : second ate...
