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A Palerme, faim de culture
Pascal Bély, le fondateur du blog Tadorne (www.festivalier.net) a accompagné Christiane Véricel et ses comédiens professionnels en décembre à Palerme. Il livre ses impressions de cette étape de recherche théâtrale menée avec des enfants et des adolescents des quartiers défavorisés de Palerme :
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La compagnie Image aiguë, animée par Christiane Véricel, m'a convié à Palerme pour suivre pendant deux journées son travail. Ambassadeur culturel européen pour l'année 2010, la compagnie s'installe pour quelques jours dans plusieurs villes en Europe. Son chapiteau, c'est la toile du réseau qu'elle tisse depuis 1983, date de sa création.
À peine arrivé, j'assiste à une réunion dans un centre social un peu particulier ("Laboratorio Zeta"). Squatté pour accueillir majoritairement des sans-papiers venus du Soudan, le lieu est autogéré par des citoyens palermitains. La rencontre se termine dans leur salle de lecture d’où Christiane imagine la suite, pour une prochaine venue. C'est à partir du social, à la marge, que j'entre dans le fonctionnement de la compagnie. Les acteurs et metteurs en scène devraient intégrer ce type de rencontre dans leur programmation pour nourrir leur travail, mais aussi pour qu'artistes, travailleurs sociaux et citoyens politisent la culture...
La compagnie, autonome financièrement sur Palerme, gère son emploi du temps en étroite collaboration avec le Centre Culturel Français. À l’issue d’un atelier théâtre avec une classe d'un collège
(voir l'article précédent),
nous faisons une autre rencontre, avec une enseignante un peu
particulière. Tout en
nous faisant très discrets, nous écoutons ce cours où l'on apprend à
chanter en se faisant plaisir! Les enfants, qui n'ont pas tous le même
âge, se jettent délicatement au sol pour mobiliser le
corps et l'espace. Ils se créent tous «un personnage chantant». Ici aussi, la rencontre entre Christiane Véricel et Myriam Palma
pourrait avoir une suite. Le
décloisonnement entre la culture et l'enseignement trouve un
prolongement le lendemain alors qu'arrive Chiara (élève de Myriam !) :
elle fait partie du spectacle que Christiane va créer en une
journée pour le présenter à 18h au centre culturel Français.
D’autres enfants, qui suivent des cours de Français, changeront de salle
en quelques minutes pour assister à cette création ! Juste
retour des choses. Il semble ne pas y avoir de jeux de pouvoir entre
les institutions autour de la compagnie comme si c’était le projet qui
avait le pouvoir du jeu…
J’observe comment se
travaille le transversal : entre la culture, le social et l’éducation ;
entre artistes et professionnels ; entre enfants amateurs et comédiens
adultes. Le décloisonnement comme une réponse à la crise que
Christiane Véricel met en scène à 18h devant un parterre d’enfants et
d’adultes. Ici, les acteurs jouent la faim en convoitant
une mandarine délicatement posée en haut de l'étagère d'une
bibliothèque. Les trois enfants, un peu en retrait, veillent au grain et
n'autorisent rien. Chiara chante pour apaiser leur faim d’en
découdre ! Chez Christiane Véricel, les adultes font n'importe quoi
jusqu’à mentir pour ne pas réparer les dégâts qu'ils occasionnent. Les
enfants peuvent bien protester, cela ne sert pas à
grand-chose. Ils tentent même de s'inclure, rien n’y fait. C’est
alors que s’opère la sortie de crise : par le haut (tous suivent une
pomme transpercée par l’archet du violon), à partir d’un
collectif fédéré par une finalité commune.
Il y a dans ce dernier
tableau, tout le travail de cette compagnie : jouer la crise (qui est
avant tout alimentaire), en sortir par le décloisonnement pour mobiliser
les ressources du territoire autour d’un projet fédérateur.
Modestement, Image aiguë participe à construire l’Europe par le haut.
C'est-à-dire par la culture. Par tous et pour tous.
