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17/02 - 19h et 18/02 - 18h

En Chantiers n°4 Les Subsistances Lyon 1e

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Un parcours atypique

Albert Camus considérait le théâtre comme un refuge d'innocence. C’est ce que je retrouve chez Christiane Véricel qui a commencé en 1983 à réaliser des spectacles en dehors des sentiers battus.

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Albert Camus considérait le théâtre comme un refuge d'innocence. C’est ce que je retrouve chez Christiane Véricel qui a commencé en 1983 à réaliser des spectacles en dehors des sentiers battus. Avant de créer sa compagnie Image Aiguë, elle organisait des ateliers de théâtre dans des quartiers d'immigrés à Saint-Etienne avec des enfants et adolescents venus de différents pays. Cette expérience lui a permis de constater que le théâtre pouvait être un lieu propice à la rencontre de personnes venues d'horizons les plus divers et ne parlant pas la même langue. Ce qui en ces temps de replis identitaires ressemblait furieusement à une utopie. Personnalité, qui sous ses airs timides cache une farouche détermination, la metteur en scène n'en a heureusement eu cure. Son art vise au contraire à donner une vision polyphonique du monde. Chaque comédien s'exprime dans sa langue d’origine, et tous finissent par saisir des bribes des autres langues.

Son parcours si atypique, Christiane Véricel le débute à Nazareth où elle fait jouer conjointement des enfants juifs et arabes. Plus tard elle montera dans un esprit similaire des ateliers en Inde puis au Brésil. Des enfants rencontrés au cours de ces pérégrinations, séduits par l'humanisme militant de cette femme, viendront le temps d'une ou deux créations rejoindre la Compagnie qu'elle a fondée en France. Mais tous ne sont pas des oiseaux de passage. L'un d'entre eux, Rohi Ayadi, arabe israélien de Nazareth, a participé pendant quinze ans à cette authentique aventure de théâtre. Ce qui ne l'empêche pas de retourner fréquemment dans son pays où il a créé sa propre troupe. Il en va de même pour Franck Kayap, un garçon d'origine camerounaise, qui a travaillé avec la Compagnie pendant une vingtaine d'années.

Après de nombreuses années passées à sillonner la planète, la Compagnie décide en 2000, de se concentrer sur le continent européen. Elle est accueillie, parmi d’autres évènements marquants, dans un camp de Tziganes en Macédoine. Elle monte aujourd'hui Ici là-bas accueilli pour sa création par Claudia Stavisky dans son si beau et cossu théâtre des Célestins à Lyon, ville où la Compagnie a son siège. Comme tous les spectacles de Christiane Véricel, celui-ci se situe au carrefour de différentes disciplines, à savoir le cirque, la danse, le chant et un théâtre qui n'a que faire des conventions narratives.

Dans Ici là-bas on est entraînés dans un tourbillon de péripéties. D'une simplicité tonifiante, le spectacle scintille de séquences saisissantes. On sait que les adultes qui couvrent les petits de bisous expriment davantage leur envie de les dévorer que leur tendresse. Lorsque les situations se corsent, les musiciens, notamment deux frères kurdes de Turquie et une jeune polonaise qui chante des berceuses de son pays, font en sorte que la magie s’imprègne dans une réalité pas toujours radieuse. Bien qu'ils soient issus de cultures différentes, Christiane Véricel a obtenu une remarquable cohésion de ses acteurs, mais la liberté qu'ils semblent savourer est le fruit d'un rude et incessant travail. Toutes les après-midi, la metteur en scène fait répéter ses comédiens. Le spectacle n'arrête jamais de se transformer, d'évoluer. C'est sans doute tous ces efforts qui en font un moment des plus précieux.

Joseph Schidlow