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16-17 juin

Atelier de formation pour les professionnels de la danse

Théâtre de Sévelin, Lausanne (Suisse)


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Un regard qui change tout

Nul n’est besoin de partager le même idiome pour se comprendre et partager un sentiment d’appartenance, une fraternité invisible qui réchauffe le cœur...

Oui, j’ose la formule - qui aurait sans doute recueilli mes sarcasmes il n’y a pas si longtemps. Avant, précisément, que je ne m’assoie à la table de comédiens turcs pour un repas dont je n’attendais pas autre chose que la conclusion sympathique d’un reportage qui m’avait déjà comblé.

Deux jours durant, j’avais, une nouvelle fois, constaté le pouvoir magique du théâtre, son aptitude à franchir la barrière de la langue : sur scène, les expressions du corps et les mimiques du visage donnent un sens universel aux mots qui s’échappent. Mais je ne sortais pas alors de mon rôle d’observateur, certes plein d’empathie pour son sujet, je restais extérieur à ce mouvement de communion qui s’opérait devant moi.

Que s’est-il donc passé dans ce restaurant des bords du Bosphore pour que je ressente, avec toute la force de l’expérience charnelle, un sentiment rarement éprouvé ? Foin de démagogie lénifiante, rien ne me reliait vraiment à ces comédiens turcs que je connaissais depuis deux jours à peine. En entrant dans le restaurant, j’avais bien été frappé par l’atmosphère joyeuse qui se dégageait d’un certain bout de la table, là où s’étaient rassemblés les comédiens turcs. De là à engager la conversation avec eux... Mon inaptitude dans la maîtrise de l’anglais (héritée d’un vieux fond d’orgueil français?) m’en retint un bon moment.

De mon voisin ou de moi, qui s’est enhardi le premier ? Je n’en sais rien. Mais je me souviens de la qualité de son regard. Son grand sourire m’a encouragé à me lancer dans la composition d’une phrase à faire frémir un disciple de Shakespeare.

Mes excuses sur la qualité de mon anglais l’ont bien fait rigoler, sa bonne humeur m’a mis en confiance, alliée au fait que je comprenais parfaitement son anglo-turc. Nous avons partagé des mots, des idées (sur les mérites comparés de nos pays et de leurs équipes de foot, entre autres !) et surtout une proximité incroyable. Au fil de la discussion, d’autres se sont mêlés à notre échange, comme pour un repas entre potes. On m’aurait affirmé que ces garçons étaient mes amis de longue date, j’aurais approuvé. Une barrière mentale était tombée, un contact s’était noué. De ceux qui changent le regard.

Bruno Bouvet


Soumis par rédacteur le ven, 31/10/2008 - 18:08