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” Sur scène, quand nous les adultes sommes en face des enfants ...

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A l'affiche

23-27 août - répétitions à Lyon des "Ogres" dans ses variations européennes 

Le ticket 448

7 h 50
Une légère brise glisse sur le visage inquiet de Burhan.

Cette anxiété se manifeste légitimement par l’inaltérable endurance de ce jeune homme turc et du bureau d’Image Aiguë à obtenir son titre de séjour, afin qu’il puisse voyager sans crainte de Diyarbakir à Lyon, Prague, Stockholm, etc…

8 h 10
J’aperçois une file sans fin presque accrochée au mur de la préfecture. Face à cette attente, je pense au spectacle de Christiane Véricel, Ici là-bas, et je souris. Oui, je retrouve ici une forme de vérité énoncée avec justesse dans ce spectacle. Les langues se mélangent (plusieurs dialectes africains, de l’espagnol, de l’arabe, du « franglais », du français, du portugais), mais forment toutes la même attente.

8 h 45
La file avance un peu, la tension se délie, et les gens se bousculent légèrement. Les portes de la préfecture s’ouvrent, lourdement protégées par une armée de policiers.

9 h
Une dame planquée derrière son mur de verre me dit : « Ah ben pour vous, c’est la file rouge, tout au fond à gauche. » Et elle me délivre un ticket, le numéro 448.

9 h 10

Je cherche du regard Burhan, mais il y a tellement de monde, je me perds dans cet océan humain. Je regarde au loin et je vois que l’on appelle déjà le numéro 422. Je m’inquiète, songeant que si Burhan ne revient pas, il faudra refaire la queue, redemander un ticket…

9 h 20
« Marianne… » Je me retourne : Burhan est là, la bouche en cœur (mais toujours son regard inquiet).
Il a un ticket dans la main, le numéro 428 !
Mais comment a-t-il fait ? Je ne veux pas savoir, nous filons au fond du couloir à gauche, il ne reste que trois personnes avant nous.

9 h 30
426, 427, 428 ! Nous nous dirigeons vers une autre cabane de verre, où nous attend un petit monsieur brun avec un gentil sourire.
Burhan lui tend son récépissé, le monsieur tapote sur son clavier d’ordinateur.
J’esquisse un petit sourire crispé vers Burhan.
Le monsieur se lève, farfouille dans un grand casier gris, et sort ce fameux, très attendu, TITRE DE SEJOUR !
Burhan approche sa main et là : « Attendez, je vérifie juste une chose… Il me faut le certificat de l’Anaem, tant que je ne l’ai pas, je ne peux rien vous donner. »

9 h 45
Nous filons « à toute blinde » au bureau de la compagnie et nous récupérons le papier.

10 h 15
De retour à la préfecture, à nouveau, le petit monsieur dans sa maison de verre : « Ah mais ce ne sont pas les bons timbres fiscaux, il m’en faut des autres, des OMI. »
Là, « utopiquement », j’aurais attrapé la chaise derrière moi, et, avec une force herculéenne, j’aurais brisé la vitre, attrapé le petit monsieur, et…
Là, raisonnablement, je le regarde avec complaisance en lui disant : « Pas de problème, nous allons en acheter de ce pas. »

10 h 30
Nous errons à la recherche d’un tabac. Nous achetons pour 300 € de timbres fiscaux OMI.

10 h 58
Le titre de séjour est donné en main propre à Burhan qui remplace son regard inquiet par un regard de soulagement et de satisfaction. Inch’Allah !


Marianne Schlégel, chargée de la logistique et des relations presse à Image Aiguë