En direct
“On ne se comprend pas toujours avec les autres comédiens, mais ce ...
A l'affiche
4-8 octobre - Master Class avec les élèves de l'école Cirkor à Subtopia (SU)



" Infatigable spectateur" par Pascal Bély
Pascal Bély, le fondateur de l'espace d'écriture "Le Tadorne", vient de publier son regard poétique sur "Les Ogres".
Ce blog promeut la visibilité de la parole des spectateurs sur la toile internet et le maillage entre artistes, publics, institutions en dehors des liens verticaux dans lesquels ils s’inscrivent habituellement.
Catégories :
Nous sommes installés dans une salle, nommée étrangement « bac à traille ». Serrés les uns contre les autres, mamies, parents, enfants, adultes débordent des gradins. À ma droite, une dame de 82 ans me raconte l’histoire du lieu et de ce quartier d’Oullins ; à ma gauche, une grand-mère heureuse de venir avec sa petite fille, « parce que ce n’est pas rose tous les jours ». L’une et l’autre me compressent ; nous en rions. Le théâtre, contre vents et marées, reste l’un des rares espaces où l’on n’a plus peur d’être ensemble. Côte à côte.
Avant la représentation, la metteuse en scène Christiane Véricel prend
la parole. L’air grave, elle rappelle aux enfants une règle d’or : on
ne franchit pas la ligne. La recommandation est indispensable à plus
d’un titre : le plateau est saupoudré de sucre glace et parsemée de
cacahuètes ! Mais surtout, cette ligne fixe une frontière où l’enfant
apprend à regarder le spectacle du monde (ici à partir des ogres), à
délimiter les espaces qui lui permettront de se socialiser (avec et
malgré eux !).
« Les ogres ou le pouvoir rend joyeux et infatigable » peut donc commencer pour une heure de branle-bas de combat entre le ventre, l’esprit et le corps qui danse, autour d’un point central : un habitant sur six ne mange pas à sa faim dans le monde. Christiane Véricel s’engage à ce que la scène traite la question à partir d’un imaginaire bouillonnant qui finit par déborder de créativité tandis que la satire pique sur la langue. Tout le long, le franchissement de la « ligne » résistera à ce big-bang humanitaire.
Nous sommes donc au cœur d’une œuvre complexe, car ces « ogres » joyeux et roublards, déplacent les frontières en jouant des hiérarchies (entre ceux qui savent et ceux qui ont faim, ceux qui mangent et les ignorants). Ils tracent des nouveaux territoires où la recherche de la nourriture devient un art vital qui nécessite de se parler autrement, de dessiner les contours d’une autre éducation, plus seulement basée sur l’acquisition de savoirs descendants et de règles rigides qui paralysent la créativité.
Nos dix comédiens, tous engagés (mention particulière aux enfants, sidérants dont Luca d’Haussy) réussissent le pari un peu fou de jouer notre condition humaine à partir d’une question dont nous ne connaissons trop les réponses : pourquoi sommes-nous donc incompétents à résoudre la faim dans le monde ? Christiane Véricel s’amuse de nos faiblesses et de nos vanités, mais avec un regard profondément fraternel qui la conduit à nous nourrir plus qu’il n’en faut ! On aurait aimé quelques pauses pour digérer (juste un peu plus de liant et de respirations silencieuses!) mais le temps de l’urgence de l’artiste n’est pas celui du spectateur-citoyen.
Les Impromptus #5 à ...
