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Théâtre de Sévelin, Lausanne (Suisse)
Retour d'Image Aiguë à Palerme : vers l'exploration de nouveaux quartiers
Palerme, nous y retournons pour la suite des premières aventures qui ont abouti au spectacle Addio Mamma en 2005. Avec le succès du spectacle, nous avons vérifié combien le public palermitain apprécie « les langages » d’Image Aiguë.
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Palerme, nous y retournons pour la suite des premières aventures qui ont abouti au spectacle Addio Mamma en 2005. Avec le succès du spectacle, nous avons vérifié combien le public palermitain apprécie « les langages » d’Image Aiguë.
Et après ? Nous voici en « exploration » de nouveaux quartiers, à la périphérie, encore plus loin de Palerme.
Il Brancaccio, quartier populaire
Une petite salle bien propre, toute neuve, dans un quartier populaire, derrière la gare. Il y a un bistrot dans la rue, quelques épiceries. De quoi mourir ni de faim ni de soif. Et derrière de hauts murs, dans un jardin que rien ne laisse prévoir, des orangers en fleur distillent une odeur douce et envoutante.
Combien « d’enfants » attendons-nous dans la salle pour cet après-midi ? Difficile de le savoir, entre 4 et 30 ? Une bande de jeunes garçons déferle, ils ont 17,18 ans ! Rien à voir avec les « petits » demandés. Ils sont enthousiastes, d’autres arrivent, un peu en vrac, tous attentifs. Je les confonds un peu. Antonio, Toni, Roberto. Lunettes, cheveux noirs gominés. Certains sont un peu timides. Parmi eux, quelques filles. Maria, Maria Rita, Maria Rosa. Tee-shirt rose, pantalon vert, pull noir, lunettes. Salvatore ? décontracté.
Sur mon cahier, pour les reconnaître, j’essaie le descriptif abrégé. Pourvu qu’ils ne changent pas de pull ! Certains sont attachants dans leur maladresse. Rougissant parfois avec Larissa. Danilo, pull rouge, me paraît ouvert. Le plus petit pull vert est effronté, il tient tête à Rohi. Ils veulent tous revenir samedi, après l’école, avec un sandwich, déjà tous dévoués au théâtre.
Jeudi
Je suis devant une vingtaine d’ « Anziani » les anciens comme on le dit ici avec élégance. Des « vieux » en quelque sorte.
Ils parlent beaucoup entre eux, se déplacent, plaisantent. Il faut les faire asseoir. Silence. Intimidée, je le suis devant ces « têtes blanches »-presque toutes des femmes. On repère les bavardes, les chefs (les deux hommes !), les effacés, les plaisantins. J’explique Image Aiguë en italien. Ils sont attentifs, approuvent chaque mot, une sorte d’acquiescement personnel dans un hochement de tête. Quelqu’un repète toutes les fins de phrase. Deux ou trois femmes veulent me parler, individuellement dans un effort personnel de collaboration, elles se lèvent. « Asseyez-vous s’il vous plaît ».
J’explique tout d’un seul coup. Le début de l’histoire surprend par sa simplicité. Tous parlent en même temps. Peut-être faudrait-il qu’ils lèvent le doigt ? Finalement une « anziani » fait taire – d’une voix aiguë – et parle de ce personnage interprété par Rohi, un peu « disturbato » dit-elle, qui entend des voix, perturbé, inquiet, braque. J’attends avec curiosité qu’une des femmes pose elle-même l’histoire, monte les trois marches qui la conduisent sur scène, avec quelques difficultés, et joue ce personnage troublé qui se retourne à chaque pas.
Vendredi
Arrivée à Brancaccio. 3e jour. Un jeune homme est déjà là, séduisant et bronzé. Je reconnais à peine Giacinto. Quel changement ! Je l’ai quitté en janvier, petit, rondouillard, enfantin encore. Je le retrouve en avril, mince et mature. Souriant de la surprise qu’il me fait. Abibour arrive aussi, toujours gentil. Puis les autres, ceux que je connais depuis deux ans. Walter, Toni, Michele.
Tous ont un talent théâtral certain. Ils sont venus de loin pour partager avec nous, Rohi, Larissa et moi, ce moment de théâtre. Ils jouent avec les nouveaux les premiers « exercices » qu’ils exécutent avec brio, à leur façon, drôle et énergique, rajoutant leur touche personnelle, pour la plus grande joie du public et de moi-même. Je les retrouvent et ils me surprennent toujours…
La petite fille « scotchée » à la scène
Les histoires se jouent depuis un moment. Je regarde la petite fille du coin de l’œil, dans le public. C’est la plus petite (6 ans ?), couettes et pull rouge. Elle paraît minuscule. Il y a aussi un petit garçon, Orlando, il porte des lunettes et a tout compris avant même que je pose la question.
A la petite brunette, que je ne connais pas, j’offre la petite chaise rose que nous avons achetée hier au marché. Miss couettes avance subrepticement sa chaise vers la scène. Elle rigole, très intéressée, se rapproche de l’histoire. Elle est maintenant isolée du groupe de spectateurs, tout à fait devant. Puis si proche de la scène que sa chaise est collée contre le plateau. Elle ne perd pas une miette.
Avide de théâtre, elle a posé sa tête sur ses bras, accoudée à la scène, au centre de l’histoire, sans y être tout à fait. Prête à basculer dans l’imaginaire et la petite chaise rose dans la réalité.
Vendredi (suite)
Une séance assez particulière, un public très « mélangé » que nous ne connaissons pas. Certains enfants sont très vifs, d’autres rêveurs. « Cas sociaux », « handicaps légers », je ne cherche pas à savoir. J’observe leur visage, leur comportement, pendant les histoires. Autant de personnalités qui déroutent parfois, obligeant à inventer des personnages nouveaux, déstabilisants, profonds souvent par le regard qu’ils posent sur les situations proposées. Chaque enfant qui joue, je l’observe avec acuité pour inventer le mode d’intervention des comédiens. Donner quelques indications à Giacinto ou Rohi, par geste souvent, pour induire et faire avancer la scène.
Giacinto me surprend par sa délicatesse à jouer un personnage enjôleur pour apprivoiser les timides, les faire rire. On le sent heureux de retrouver avec justesse ses qualités théâtrales. Rohi met à jour un personnage « modeste », rompant avec ses habitudes. Une sorte de clown triste et maladroit, laissant aux nouveaux, les rôles d’autorité. Larissa jour les mêmes attentives…C’est l’occasion pour nous d’explorer notre capacité à imaginer, d’agrandir notre appréhension des autres et notre collection de personnages.
Christiane Véricel
Soumis par rédacteur le ven, 03/10/2008 - 17:07
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