Des individus universels

par | 28 Fév 2017 | progHQM, spectacle

Je m’appelle Victoria. Je ne suis pas un personnage inventé de toutes pièces par Christiane Véricel. Quoique, je peux m’en rapprocher par quelques traits de caractère. Comme ses protagonistes, je cherche à tâton ma place dans la société, et je m’interroge sur le monde. Concernant cet article, je pose simplement mon regard de jeune adulte (notes personnelles : Peut- on dire que l’on est un adulte à 21 ans? Jusqu’à quel âge peut-on se considérer comme un enfant?) sur le travail d’une compagnie que je découvre. Je viens en effet de faire mon entrée à Image Aiguë, dans le cadre du Service Civique.

Pour mon premier jour, afin de connaitre au mieux le coeur et les valeurs de la compagnie, je suis allée voir deux représentations de l’Homme qui marche (je vous l’accorde, pas déplaisant du tout pour un premier jour de travail!). La première, le dimanche 12 février au Centre Berthelot à Lyon, en partenariat avec l’association Mir Sada Bosnie. La seconde, le lundi 13 février à Oullins dans les locaux et avec le public d’ALYNEA, une association d’écoute et d’accompagnement Lyonnaise.

Photos : Haut et gauche : Association Alynéa, Oullins – Sébastien Ravanel || Droite : Association Mir Sada Bosnie, Lyon – Nicolas Bertrand

L’Homme qui marche n’est pas une pièce traditionnelle, ce n’est pas un conte ou une balade que l’on pourrait siffloter légèrement, en oubliant ses notes la seconde d’après. Les histoires qui se jouent, de 5 minutes chacunes, se rapprochent de poèmes engagés, en perpétuel questionnement. Des sujets difficiles de société sont abordés: le pouvoir, la faim, l’immigration. Malgré la complexité et l’importance des thèmes, L’Homme qui marche ne joue jamais avec le pathos. Avec peu de textes et beaucoup de corps, les deux comédiens (Frédéric Périgaud et Armand M’Passi) s’évitent, se regardent, s’affrontent et dansent. Ils interprètent tous les deux des hommes décidés, qui habitent des personnalités opposées. Ce sont des individus universels : l’un est méchant, l’autre naïf, d’un côté il y a un égoïste et de l’autre un personnage en quête de richesse.

Entre chaque scène, le public est invité à dialoguer sur ce qu’il à vu, ce qu’il à compris et ressenti. « Comment le personnage se sent-il?», « Avez vous déjà connu des situations similaires dans votre vie? », « Quel personnage a le pouvoir? ». A la première question, les réponses sont nombreuses: « il est fâché », « il est déterminé », « il est stressé », « il est méfiant » « il est pressé ». Selon l’expérience et la vision de chacun, les réactions sont différentes. Aucune réponse n’est mauvaise, la réflexion et le questionnement étant le coeur même du projet. Il est plus intéressant que les réactions soient différentes. Certains voient une humiliation dans une scène, de la soumission, alors que d’autres soulèvent une notion de révolution ou une question de pouvoir. Moi même je bouillonne, je suis tantôt d’accord avec les réactions, tantôt excédée par les avis que j’entends. Ces petites scènes sont quand même très efficaces, elles soulèvent chez chacun de vives exclamations.

L’Homme qui marche continu à être accueilli et à recueillir les réactions des gens, dans des structures d’insertions et de formations, des maisons de retraite, des écoles et des associations culturelles et sociales.
Voici quelques réactions des spectateurs que j’ai pu recueillir :
« C’est la rencontre de deux personnages très occupés par leurs problèmes. La première surprise est la rencontre. Il y a une attirance et un refus, une sorte de ‘’ Je t’aime moi non plus’’ »

« Aujourd’hui on passe vraiment sans voir les gens, chacun à sa route, un peu gêné. »

« Le vainqueur c’est quand même celui qui à compris que les frontières n’étaient pas immuables, même si l’autre lui a dit ‘’C’est la loi ‘’
- Moi j’ai pas lu ça comme ça. J’ai vu « J’ai tout le territoire, j’en ai chier alors je vais faire chier les
autres »

« Le personnage d’un coup se révèle dans la danse, dans le spectacle de danse alors qu’ on ne l’imaginait pas danser. Bien souvent c’est dans la nature humaine. On échange un petit quelque chose et la véritable révélation peut venir…ou non…mais là elle est venue. »

« Moi ça m’a fait penser à une infime partie de la population mondiale qui à 90% de la richesse, et on en est encore à se creuser la tête pour savoir comment manger, y compris en France. »


« Ce n’est pas facile de partager, hein… »

« Merci à vous de nous avoir permis de mettre collectivement des mots sur des situation que l’on connait et que vous avez su manifester, merci d’avoir donné la parole aux enfants également »