Créer les conditions de la rencontre

par | 21 Avr 2017 | projet

Cet article a été écrit à partir d’un entretien avec Sébastien Ravanel, en stage à Image Aiguë

Giovanna a intégré l’équipe d’Image Aiguë depuis la fin août 2016 : elle a en charge le développement de De main en main, projet que la Compagnie a initié il y a deux. Avec ce premier article, nous commençons à raconter le travail quotidien que nous menons à Image Aiguë et les savoir-faire spécifiques que nous mettons en œuvre.

 

Qu’est-ce que le projet De main en main ?

C’est un projet que la compagnie mène dans le Grand Lyon sur un certain nombre de territoires, notamment dans les quartiers « Politique de la ville », qui sont les quartiers prioritaires de la ville (en remplacement des Zones Urbaines Sensibles (ZUS)).

De Main en Main consiste à élaborer des projets artistiques, pédagogiques en impliquant les acteurs locaux d’un quartier pour réfléchir ensemble et encourager l’expression de chacun sur la société et le monde qui nous entoure.

Les actions qui sont menées permettent des rencontres, des moments de partage entre plusieurs secteurs d’activités, entre des personnes très différentes, de plusieurs générations, de milieux sociaux différents, grâce à l’outil culturel qui est le théâtre.
Cela permet aussi à chacun de s’ouvrir à l’autre, aux autres en réfléchissant ensemble et en mettant en commun nos envies, nos idées en fonction de ce que l’on peut apporter au projet. Chaque personne est impliquée et s’approprie le projet.

Ce qui est intéressant au final, c’est l’expérience humaine, l’enrichissement que l’on s’apporte les uns aux autres. Chaque partenaire est différent et c’est l’envie de se rencontrer et d’échanger qui permet la réalisation de projet.
Ce projet permet à chacun de vivre des expériences multiples et constructives.

Créer les conditions de la rencontre

Il y a des territoires comme Lyon 1er et le quartier de Cuire-le-Bas à Caluire-et-Cuire, où nous sommes présent chaque semaine. Ce sont des territoires où nous travaillons depuis trois ans et les liens avec les structures locales sont forts.
Sur certains territoires où nous avons déjà travaillé, comme Villeurbanne, Vénissieux, Rillieux-la-Pape, Ambérieu-en-Bugey, j’ai recontacté les partenaires que nous connaissons pour voir de quelles façons nous pouvions mener d’autres projets ensemble.

Lorsque c’est un nouveau territoire, je contacte les structures, les publics auxquels nous nous s’adressons comme les écoles, les collèges, les conseils municipaux d’enfants, les Ehpad (Etablissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), les structures d’insertion et de formation, les structures sociales et éducatives etc..et je leur propose de se rencontrer.
C’est généralement une étape qui prend du temps car les personnes contactées sont souvent très occupées, parfois elles ne répondent pas et ne sont pas toujours disponibles pour un rendez-vous.
Je demande aussi un rendez-vous en Mairie (Services Politique de la Ville, Culture, Enfance et Jeunesse).

Lors du premier entretien, j’essaye de tisser des liens ; nous échangeons sur nos envies et nous essayons de réfléchir ensemble au(x) projet(s) que l’on pourrait mener. Je propose l’accueil du spectacle de L’Homme qui marche, créé par Christiane Véricel et qui est une forme théâtrale qui alterne saynettes et discussions. Il a été conçu pour aller à la rencontre des publics et permet justement un premier échange entre Christiane Véricel, les comédiens, et le public qui est présent. C’est à partir de cette rencontre que nous pouvons, avec les partenaires, concevoir ensemble un projet et qu’une coopération plus approfondie peut être envisagée.

L’Homme qui marche
Gymnase, Cuire-le-Bas
21 mars 2017

Difficultés de mise en œuvre

Les difficultés que je rencontre apparaissent à différentes étapes du projet.
Lors de la prise de contact, j’ai parfois peu de réponses, je dois relancer. Ce n’est pas toujours facile mais je souhaite vraiment rencontrer les personnes car à travers l’échange direct, nous pouvons plus facilement tisser des liens ensemble.
Plus globalement, la mission de développement des territoires est un travail qui peut être fastidieux. Les partenaires ne sont pas toujours très réactifs et les temps de concertation au sein de leur équipe peuvent être longs. Entre la première rencontre avec un partenaire et le moment où l’on réalise le projet, il peut se passer entre 6 mois et un an.

Une autre difficulté concerne l’aspect financier puisque la plupart des structures auxquelles on s’adresse ont peu de moyens. C’est donc notre travail de rechercher les fonds nécessaires à la réalisation des projets.

Un autre élément qui peut être considéré comme une difficulté mais surtout comme une perspective d’évolution : comment conserver les liens avec les partenaires et expérimenter de nouveaux projets ? Parfois, je me rend compte que lorsque nous sommes moins en contact avec les structures, qu’un projet a été réalisé, les relations ont tendance à s’essouffler un peu. Il faut essayer de poursuivre notre coopération. C’est le travail de médiation qui est en partie réalisé par Victoria qui permet aussi cela, en organisant une rencontre pour revenir sur le projet qui a été réalisé, en récoltant la parole des partenaires sous forme de témoignages qui peuvent par exemple faire l’objet de recueils ou en utilisant les arts plastiques pour laisser une trace du projet (fresque, dessins…)

En tout cas, un élément très positif du projet De main en main est qu’Image Aiguë permet de faire le lien entre les acteurs locaux, qu’ils soient éducatifs, culturels, sociaux… Il permet la coopération entre des secteurs différents. Certaines structures travaillent rarement ensemble. Il existe des quartiers qui sont structurés en « micro-espaces » ; où des structures sont parfois isolées et mal desservies. C’est le cas par exemple du quartier des Buers.

L’Homme qui marche
ALGED (Ass lyonnaise de gestion d’établissements de personnes déficientes) Cuire-le-Bas
8 décembre 2016

L’outil théâtral

Image Aiguë propose un théâtre « accessible » car il n’est pas basé sur le texte et il allie aussi la musique, la danse, ce qui facilite la compréhension pour des personnes ayant un niveau de français moyen ou faible. Par exemple, lorsque nous avons joué L’Homme qui marche au sein d’Alynéa, association pluridisciplinaire d’insertion sociale et de formation, la plupart des jeunes spectateurs étaient en formation de Français Langues Etrangères. Il n’y a pas eu de problème de compréhension et les moments de dialogue ont été denses et très enrichissants. Nous allons prochainement commencer des ateliers de théâtre avec eux.

Les comédiens de la compagnie ont tous des particularités. Christiane Véricel travaille avec des comédiens de cultures et d’origines différentes. Certains des publics auxquels on s’adresse peuvent s’identifier à eux. Les thèmes qui sont abordés font écho à des situations qu’ils ont vécues. Grâce aux discussions de L’Homme qui marche et aux leçons de théâtre, ils peuvent s’exprimer et nous faire partager leurs expériences.

Ces éléments sont le fondement même de la démarche artistique d’Image Aiguë depuis 33 ans et c’est ce qui nous permet aujourd’hui de développer le projet De main en main qui est le fruit de cette expérience.

La flexibilité et la souplesse du projet DMEM font partie des caractéristiques principales du projet.
L’Homme qui marche est un format de spectacle qui peut se jouer dans des lieux très variés ; il n’y a pas de décors, ni de costumes. Cela nous permet de nous déplacer dans tout type de lieu dans les quartiers. Nous nous adressons à des publics qui ne trouvent pas forcément leur place au sein des théâtres et qui peuvent être en situation d’exclusion sociale. Nous avons simplement besoin d’une surface suffisante pour les acrobaties des comédiens.

C’est aussi une forme théâtrale qui évolue et qui s’adapte aux partenaires du projet. Par exemple, nous travaillons actuellement à une variation du spectacle avec des personnes âgées. L’Homme qui marche va être accueilli dans une structure de personnes déficientes visuelles, il va donc être adapté en développant davantage les voix et la musique. Egalement, lorsque nous nous adressons à de jeunes enfants (écoles maternelles), il est possible de raccourcir le spectacle en ne proposant que 3 histoires au lieu de 4 ou en supprimant les parties discussions par exemple.

L’Homme qui marche
Gymnase, Cuire-le-Bas
21 mars 2017

Prochains moments clés

Une des dates clés selon moi est juin 2017, lorsque la compagnie sera dans le quartier des Buers à Villeurbanne. C’est une date clé pour plusieurs raisons. Tout d’abord, nous allons être présents plusieurs jours au sein d’un même quartier. Ensuite, le projet qui est mené se construit avec des partenaires très différents : une maison de retraite, une école, un centre social, une maison du citoyen, des groupes de paroles habitants, l’association les Petits frères des pauvres. Enfin car c’est un projet que j’aurais accompagné de A à Z : de la première rencontre avec les partenaires, en passant par la co-construction du projet, par la rédaction d’une demande de subvention à la Ville de Villeurbanne, jusqu’à la réalisation du projet.

Egalement, ce n’est pas une date mais plutôt un projet nouveau, qui est en train de s’élaborer à Cuire-le-Bas à la demande des personnes âgées et des animateurs de maisons de retraite avec lesquels on travaille. Ils ont proposé à Christiane Véricel et à la compagnie, de réaliser une variation de L’Homme qui marche avec des personnes âgées dans le jeu d’acteurs. C’est une nouvelle expérience pour la compagnie, pour Christiane Véricel, et c’est intéressant parce que c’est une prise de risque qui permettra de nourrir le travail d’Image Aiguë.