« Il faudrait que tu t’occupes des archives aussi. »

1 Juil 2017 | communication

Sébastien, étudiant en Master 1 “Direction de projets culturels” à l’Université Lyon 2 était en stage à Image Aiguë, de février à juin 2017

Belle entrée en matière pour un stage, non ?

Au-delà de la douce saveur amère  que ce genre d’instruction provoque chez le stagiaire lambda, pour une Compagnie ayant une histoire aussi longue et riche qu’Image Aiguë, c’est un bon moyen de découvrir la structure avant d’arriver sur des tâches engageant le présent et le futur. Savoir d’où l’on vient pour définir où l’on va.

Bon. Il fallait les voir ces archives… 34 années d’existence et d’activités, ça laisse des traces, et en l’occurrence ces traces, ce sont des papiers… Non, une MONTAGNE de documents. De toutes sortes ces documents, allant du bilan comptable de 1991 au budget de tournée pour un spectacle de 1987 en passant par des comptes-rendus d’assemblée générale de 1984 et les fiches de paye des comédiens et personnels administratifs de 2013.

“Ça on jette. Ça on jette. Ça on garde. Ça… Nicolas ? Les échanges et documents de travail pour la tournée de Nits ! en 94, on en fait quoi ?”

Il n’y a littéralement rien de mieux pour comprendre l’évolution d’une structure que de plonger dans ses archives, tout bon historien vous le dira. Savoir où elle s’est développée, avec qui elle a travaillé, voir des noms aujourd’hui célèbres dans des documents anodins, comprendre quand la Compagnie a vécu son âge d’or… On fait également des liens. L’époque Lang, l’épanouissement des Maisons de la Culture, les synergies ou confrontations entre politique et culture (avec les politiques culturelles au milieu bien sûr) …

Tiens ! Cela me rappelle cette histoire de la région au main d’une majorité politique de droite fricotant avec l’extrême droite qui avaient décider que le théâtre d’Image Aiguë, ne correspondait pas à leur idée de ce que devait être le théâtre en France car faisant la promotion des richesses multiculturelles (pour reprendre leurs mots et si tant est qu’ils aient eu la moindre idée de ce qu’est la multiculturalité). Retrait de subventions, lobby contre le soutien des collectivités à la compagnie… Et puis les lettres de soutien des amis d’Image Aiguë, l’aide d’amis exerçants des fonctions dans l’administration publique afin de contourner ce blocus politique de la région. C’était en 1998. Une belle histoire de solidarité telle qu’elle peut se construire entre les acteurs culturels lorsque les gens se mobilisent contre leurs ennemis de toujours : l’intolérance, toutes les formes de dictatures qu’elles soient petites ou grande, le repli sur soi.

“Le social c’est toujours à garder

Ces archives parfois on les garde, souvent par utilité « Le social, c’est toujours à garder ! Parfois les gens qui partent à la retraite nous appellent pour avoir des papiers du temps où ils travaillaient dans la compagnie. », quelques fois par caprice comme pour ces échanges de 98 dans la lutte avec la région. Mais souvent on les jette, on fait place nette. Ce ne sont que des traces d’un aspect du travail qui a servi l’action artistique, l’autre aspect, la structuration des projets, la recherche de sens et de méthodes pour l’action culturelle, lui n’aura pas de trace tangible. C’est une idéologie qui sous-tend les actes, qui ne se perçoit qu’après imprégnation de ce qui fait Image Aiguë.

L’artistique restera toujours que ce soit dans la tête de Christiane, dans ses carnets, ses plans de scène, ou encore ses innombrables cassettes de camescope sur lesquels elle a enregistré des milliers d’heures (voir plusieurs dizaines de milliers d’heures) de spectacles, de morceaux de scènes, d’images théâtrales qui constituent ses spectacles ou lui ont servis d’inspiration. Au final, c’est peut-être le meilleur moyen de comprendre ce qu’est l’histoire, de construire une méthode pour se l’approprier : jeter ce qui ne sert plus, garder ce qui est indispensable, et faire une place pour garder ce qui nous a touché…

Je vous laisse ici, un second camion de 5m3 en direction de la déchetterie a besoin d’être préparé, et le travail est loin d’être terminé.

Sebastien