“La scène sur la frontière m’a fait penser à ma chambre”

par | 7 Juil 2017 | progHQM

Photos réalisées par Nicolas et Victoria

Le dimanche 12 février 2017, le spectacle L’Homme qui marche a été joué pour les membres de l’association lyonnaise  : Mir Sada Bosnie.

Lors de cette représentation, nous avons fait la rencontre d’une famille bosnienne.
Le papa, Fedin (37 ans) et ses trois filles, Melika, Farah et Alma (12 ans, 8 ans et 5 ans) sont intervenus à plusieurs reprises lors des discussions pendant le spectacle.
Nicolas, qui menait la discussion ce jour là, a particulièrement remarqué leur désir de parler et de partager leur vécu sur les sujets qui étaient abordés.
A la fin de L’Homme qui marche, il leur a donc proposé de poursuivre la discussion à un autre moment, autour d’un café.

Nous voilà (Nicolas et moi), un mois et demi plus tard, dans leur appartement à Saint-Genis-Laval. Fedin et ses trois filles nous attendaient. Autour de boissons rafraîchissantes, nous avons commencé à nous remémorer les scènes du spectacle grâce à des photos que nous avions apportées.

« Oui je me rappelle bien, lui c’était le petit, lui le moyen et celui-ci le grand » dit Farah en montrant les comédiens, Fred et Armand et le musicien, Gérald, sur les photos.

« Le fait que chaque comédien est une particularité, celui-là est petit, l’autre est sourd, je trouve que cela donne du goût au spectacle » nous dit Fedin.

« Moi, et je pense que mes filles aussi, c’est un spectacle qui nous a parlé : je me disais tout le temps ça m’est arrivé. Quand je prenais la parole, c’est mes sentiments qui parlaient » explique Fedin.

Face à une photo d’Amand et Fred assis sur une chaise l’un à côté de l’autre, Fedin commente :

« J’ai aussi aimé les passages où Fred est dérangé par la présence d’Armand à ses côtés, il ne le connaît pas, on sent qu’il le dérange. Cela m’a fait penser quand on est arrivés en France et que la sécurité dans les supermarchés nous surveillait car ils voyaient que nous étions étrangers ».

La saynète qui traite de la question des frontières les a particulièrement interpellés :

« J’ai beaucoup aimé la scène avec la frontière car Fred impose sa loi et petit à petit ses ruses se retournent contre lui. Armand arrive à récupérer le pain de l’autre côté et à faire passer Fred du coté où il n’y a rien. C’est une propriété réciproque comme dirait ma prof de maths ! » commente Melika.

« Aussi, la frontière, ça m’a fait penser à ma chambre avec Farah, on a chacune notre espace, et il faut le respecter, je ne veux pas qu’elle traverse ma partie » dit la petite Alma.

« Moi je pense qu’on a mis des frontières pour diviser. Comment dire ? Il y a un endroit où il y a à manger, un autre endroit ou non, on construit une frontière au milieu pour dire « Vu que tu es de l’autre côté, tu n’as pas la droit à mon pain » nous dit Melika.

Sa petite sœur Alma lui répond : « En fait, c’est comme s’il y avait un endroit avec tous tes cauchemars alors que de l’autre côté, c’est le paradis, tu as envie d’y aller ».

 

L’interprétation de la scène finale lorsqu’Armand est un robot et Fred souffle vers lui et le met en mouvement reste libre :

« Ca donne l’impression que celui qui a le pouvoir dirige : Armand est manipulé » répond Fedin.

« Moi j’ai trouvé au contraire que cela voulait dire que même si on essaie de le contrôler, il va où il veut, il reste lui même » explique Melika.

A l’unanimité, Fedin et ses filles ont apprécié avoir la parole au sein du spectacle. Ils nous ont démontré qu’ils avaient des choses à dire, à exprimer. La lucidité des enfants m’a marquée.
L’Homme qui marche et notre échange chez eux leur ont permis de s’exprimer et de partager leurs expériences et moi, j’ai appris sur l’histoire de la Bosnie, j’ai pu confronter mes interprétations du spectacle et je suis repartie souriante grâce à la joie de vivre qu’ils nous ont transmis. Une belle leçon de vie aussi.